Le 6 novembre 2025, le président camerounais Paul Biya a prêté serment devant le Parlement réuni en congrès à Yaoundé. Cette cérémonie marque son accession à un huitième mandat présidentiel, exactement 43 ans après sa première prestation de serment le 6 novembre 1982. La date revêt une importance symbolique pour le chef de l’État, qui s’est livré à cet exercice pour la première fois il y a quatre décennies.
La capitale camerounaise a revêtu ses habits de fête pour l’occasion. Des effigies du chef de l’État ont été installées à tous les carrefours, tandis que des banderoles affichant le message « Merci au peuple souverain qui m’a élu » aux couleurs nationales vert, rouge et jaune ornaient la ville. L’Assemblée nationale, organisatrice de l’événement, a sorti le grand jeu avec pas moins de 1 500 cartons d’invitation adressés aux autorités du pays et au corps diplomatique.
Cette fois, les ambassadeurs occidentaux – Union européenne et États membres, États-Unis, Royaume-Uni, Canada – ont tous été conviés, contrairement à la proclamation des résultats au Conseil constitutionnel où ils étaient absents. Les candidats malheureux ont également reçu une invitation, dont Issa Tchiroma Bakary, qui continue à revendiquer la victoire du scrutin du 12 octobre et qui dit s’être mis à l’abri.
La cérémonie a débuté à 12 heures locales avec l’arrivée du couple présidentiel au palais de l’Assemblée nationale. Après sa prestation de serment, Paul Biya a prononcé une allocution d’une vingtaine de minutes, sa première intervention publique depuis le début du processus électoral. Au moment d’entamer ce nouveau mandat, le chef de l’État était attendu sur la direction qu’il entend donner au pays, après une élection marquée par des violences, des morts et des arrestations.
Beaucoup espéraient un message d’apaisement et des annonces fortes à l’adresse de ceux qui contestent sa reconduction, qu’il s’agisse des responsables politiques ou des jeunes descendus dans la rue ces derniers jours. Le Cameroon People’s Party a adressé une lettre au corps diplomatique dénonçant ce qu’il qualifie de « confiscation de la souveraineté populaire » et d’« arrestations arbitraires de militants ». Son secrétaire général, Franck Essi, a appelé la communauté internationale à ne pas cautionner un processus électoral qu’il estime illégitime.
Pendant ce temps, partout dans le pays, l’appel aux « villes mortes » mobilise la population de manière contrastée, reflétant les tensions post-électorales qui persistent au Cameroun.
Assistante à la rédaction : Ruth ETEKPOR
