L’émission AGO, l’un des programmes phares de Radio Pyramide FM, pourrait connaître une nouvelle configuration dans les jours à venir. Habituellement portée par Jordan Gawou et ses collaborateurs, cette émission suivie par de nombreux auditeurs se retrouve aujourd’hui au cœur d’une crise interne sans précédent, consécutive au licenciement sans préavis de cinq journalistes titulaires de la radio, dont Maruis Attor, figure bien connue d’AGO.
Les journalistes concernés par cette décision sont David Cudjoe Amekudzi, David Assimadi, Richard Aziague, Maruis Attor et Jean-Jacques Snoby Attikpo. Chacun d’eux a reçu un courrier individuel de licenciement signé par le premier responsable de la radio, Monsieur Wona Germain, évoquant comme motif une « faute grave ».
Derrière cette situation, c’est toute une crise sociale qui secoue Radio Pyramide FM, l’une des stations les plus écoutées de Lomé et de ses banlieues. Selon les informations recueillies, les licenciements font suite à une démarche collective des journalistes auprès du PDG du groupe Média Pyramide, visant à dénoncer des conditions de travail jugées précaires.
Dans un premier courrier adressé à la direction, les journalistes ont pointé plusieurs difficultés majeures entravant leur travail quotidien. Ils ont notamment dénoncé la suppression des crédits de communication, pourtant essentiels pour contacter les sources, réaliser des interviews et produire des contenus de qualité.
À cela se sont ajoutés des problèmes récurrents de matériel, compliquant l’enregistrement des émissions, la pose de voix off ainsi que la production des journaux et autres programmes audiovisuels.
Sur le plan social, les journalistes ont également relevé l’absence de déclaration à la caisse de sécurité sociale, l’inexistence d’assurance maladie et le non-respect des congés, malgré leur statut de travailleurs permanents.
Face à l’absence de réaction de la direction à ce premier courrier, les journalistes ont déposé un préavis de grève. Cette initiative a conduit l’entreprise à envoyer un émissaire afin de les dissuader d’aller jusqu’à l’arrêt de travail. Dans un souci d’apaisement, les journalistes ont alors adressé un nouveau courrier annonçant le report de la grève, dans l’attente d’un dialogue constructif.
Une rencontre avec le PDG a effectivement eu lieu. Toutefois, selon l’un des journalistes licenciés, l’échange n’a pas permis d’aborder le fond des revendications. « Le PDG nous reçoit pour qu’on discute. Mais au lieu de voir le fond de nos revendications, il se contente de s’intéresser à la forme de nos lettres : les tournures, les verbes, les phrases », confie-t-il.
Le 7 janvier, les journalistes ont adressé un courrier de remerciement à la suite de cette rencontre. Mais le lendemain, ils ont reçu leurs lettres de licenciement avec effet immédiat, toujours pour faute grave.
Dans les courriers de licenciement, la direction reproche aux journalistes plusieurs faits, notamment leur participation à une action revendicative jugée irrégulière, la mise en exécution d’un préavis de grève sans respect de la procédure légale, le défaut d’exécution des missions et un manque de loyauté envers l’entreprise.
La direction estime que : « Ces agissements constituent un manquement grave à vos obligations de loyauté, de respect et de diligence, ainsi qu’une atteinte directe aux intérêts de l’employeur et du groupe Média Pyramide ».
Au-delà du volet administratif, ces licenciements posent la question de l’avenir de l’émission AGO. Le départ de Maruis Attor laisse planer une interrogation majeure : qui accompagnera désormais Jordan Gawou à l’animation de ce programme emblématique ?
Cette crise affecte également la stabilité éditoriale de Radio Pyramide FM et pourrait, à terme, impacter la qualité des contenus proposés aux auditeurs.
Sur le plan humain, la décision plonge cinq journalistes dans une situation de précarité accrue, avec des conséquences directes pour leurs familles. Elle relance enfin le débat sur les conditions de travail dans les médias, le dialogue social et la protection des professionnels de l’information au Togo.
