À Lomé, un phénomène troublant gagne du terrain parmi une partie de la jeunesse féminine : celui des gérantes de bizi, des jeunes femmes adultes ou mineurs qui se livrent à des relations purement transactionnelles, organisées via les réseaux sociaux. Influenceuses, étudiantes ou jeunes travailleuses, elles sont de plus en plus nombreuses à basculer dans ce qu’on appelle aujourd’hui le “bizi business”, une pratique qui se répand discrètement mais sûrement dans la capitale.
Les réseaux sociaux, nouvelle plateforme du “bizi”
Le phénomène des gérantes de bizi prospère surtout sur Facebook, WhatsApp, Telegram et TikTok. Dans des groupes privés, des pages anonymes ou des comptes spécialisés, les propositions et négociations se font à l’abri des regards.
Le fonctionnement est simple :
publication de photos suggestives,
- prise de contact en message privé,
- négociation du “tarif”,
- rencontre dans un lieu convenu.
Certaines influenceuses, très visibles en ligne, utilisent leur notoriété pour attirer une clientèle discrète. D’autres jeunes femmes, notamment des étudiantes confrontées à de fortes difficultés financières, se tournent vers le “bizi” comme un moyen de subvenir rapidement à leurs besoins.
Ce système clandestin fonctionne comme un marché parallèle, avec ses codes, ses intermédiaires et ses règles tacites.
Pourquoi le phénomène explose-t-il ?
Plusieurs raisons expliquent cette montée inquiétante :
- La pression économique : Le coût de la vie, la cherté des logements et les difficultés d’accès aux opportunités poussent certaines à chercher un revenu rapide.
- La quête d’un style de vie entretenu : Les réseaux sociaux mettent en avant un mode de vie “luxueux” que beaucoup veulent atteindre ou imiter, même artificiellement.
- L’anonymat et la facilité du numérique : L’écran sert de bouclier : proposer, négocier, disparaître. Tout devient simple. Trop simple.
- L’absence d’encadrement : Aucune autorité n’a réellement la main sur ces plateformes étrangères, ce qui laisse le champ libre à ces pratiques.
Une dérive morale et sociale inquiétante
Le “bizi” n’est plus un secret. Il devient une norme silencieuse dans certains milieux où tout s’achète et tout se vend. La sexualité se transforme en transaction, les valeurs s’effritent, la dignité est mise en péril.
Certaines jeunes femmes considèrent le “bizi” comme une activité “normale”, une tendance, un moyen facile de gagner de l’argent, sans mesurer les conséquences profondes : risques d’abus ou d’agressions, chantage numérique, dépendance financière, troubles émotionnels, stigmatisation sociale.
Le phénomène touche même des influenceuses qui affichent une image glamour en public tout en menant une vie clandestine totalement différente.
Un signal d’alarme pour Lomé
Ce boom des gérantes de bizi est le reflet d’un malaise social plus profond.
Il interroge sur :
- la précarité des jeunes femmes,
- l’impact dévastateur des réseaux sociaux,
- l’absence de perspectives économiques,
- la perte progressive de repères moraux.
Ce phénomène n’est pas un simple fait divers :
c’est un message choc envoyé à toute la société. Lomé fait face à une nouvelle forme de dérive 2.0 qui s’étend et s’installe. Une dépravation moderne, numérique, silencieuse.
